
À Lubumbashi comme à Mbuji-Mayi, la multiplication des affiches associant le gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, Martin KAZEMBE, au Président de la République, Félix-Antoine TSHISEKEDI, donne à voir une mise en scène politique dont l’ampleur contraste avec les urgences qui s’imposent quotidiennement dans l’espace public. Dans la capitale cuprifère, les portraits et messages de soutien occupent les principales artères, tandis que, sur les mêmes trottoirs, carrefours et places publiques, la présence persistante d’enfants vivant dans la rue rappelle une réalité sociale autrement plus préoccupante. Le contraste est saisissant : d’un côté, une communication politique qui cherche à matérialiser la proximité avec le Chef de l’État ; de l’autre, des enfants exposés à la précarité, à l’abandon et à toutes les formes de vulnérabilité. Martin KAZEMBE peut certes revendiquer son attachement à la vision présidentielle et rappeler ses échanges avec Félix-Antoine TSHISEKEDI autour des enjeux de développement, de sécurité et de questions sociales dans le Haut-Katanga. Mais c’est précisément à ce stade que s’impose l’exigence d’un examen politique plus rigoureux : une loyauté institutionnelle ne saurait se résumer à la visibilité des affiches, aux déclarations de soutien ou aux démonstrations publiques d’adhésion. Elle se mesure surtout à la capacité d’une autorité provinciale à traduire les orientations nationales en réponses concrètes aux souffrances de la population. Lorsque des enfants, notamment ceux présentés localement comme originaires de Mbuji-Mayi et venus à Lubumbashi dans l’espoir d’y trouver un avenir meilleur, se retrouvent livrés à eux-mêmes dans les rues, l’interrogation sur la hiérarchie des priorités publiques devient inévitable.

La fidélité au Chef de l’État ne devrait-elle pas commencer par la protection de ceux qui incarnent le plus cruellement les fragilités de la République ?
Car, au-delà des façades, des slogans et des portraits soigneusement installés dans le paysage urbain, la véritable bataille politique se joue sur le terrain des résultats. Une loyauté durable envers Félix-Antoine TSHISEKEDI ne se proclame pas : elle se démontre par une gouvernance capable de protéger, d’organiser, d’assainir, d’éduquer et de rendre à chaque citoyen le sentiment d’appartenir pleinement à la République. Le pouvoir provincial peut mettre en avant ses projets d’infrastructures, notamment l’annonce de l’acquisition de centaines d’engins destinés aux travaux routiers ; mais ces annonces ne sauraient, à elles seules, constituer un bilan. L’opinion attend désormais des réalisations perceptibles, des réponses aux urgences sociales et des politiques publiques capables de transformer le quotidien. Dès lors, derrière l’omniprésence des affiches à Lubumbashi et à Mbuji-Mayi, une question politique plus fondamentale s’installe : Martin KAZEMBE construit-il une fidélité appelée à s’inscrire dans la durée ou une visibilité politique destinée à conforter une position institutionnelle ? Il appartient à son action, et non à sa communication, d’apporter la réponse.

Car les murs peuvent être couverts de portraits, les avenues saturées de slogans et les espaces publics transformés en vitrines de loyauté ; ils ne peuvent cependant pas faire disparaître les réalités sociales qui s’y déroulent sous les yeux de tous. La République ne se juge pas à la quantité d’affiches qu’elle expose, mais à la dignité qu’elle garantit. Si le soutien affiché à Félix-Antoine TSHISEKEDI veut dépasser le registre de la communication politique, il devra désormais se convertir en résultats tangibles : moins de vulnérabilité, davantage de protection sociale, une prise en charge réelle des enfants abandonnés et une gouvernance dont les actes parlent plus fort que les images.
