
Il faut remonter loin dans le temps pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui dans le groupement Katanga. Bien avant les concessions minières, avant les cartes coloniales et avant que le cuivre et le cobalt ne fassent de cette partie du Congo l’un des territoires les plus convoités du continent, il y avait déjà des hommes, des clans, des forges, des lignées et un pouvoir coutumier. Dans cette mémoire ancienne, KATANGA MUKENGE apparaît comme la figure originelle d’une dynastie dont les descendants revendiquent aujourd’hui la reconnaissance institutionnelle. Le récit transmis par les générations raconte une terre intimement liée au cuivre, à la métallurgie et à une organisation coutumière où la transmission du pouvoir répondait à des règles précises. C’est dans cet univers que s’inscrit l’histoire de NGOYI, sœur du MFUMU MUKENGE, et de cet enfant auquel avait été donné le nom KATANGA, dans un récit où se croisent le courage d’une mère, le savoir des fondeurs et la puissance symbolique du cuivre. Au fil des générations, le nom qui désignait cette réalité locale allait franchir les limites du territoire coutumier pour devenir celui d’une vaste région historique. Plus tard, l’administration coloniale allait inscrire le Katanga sur ses cartes, tandis que l’arrivée de l’Union Minière du Haut-Katanga, au début du XXᵉ siècle, transformerait radicalement l’économie de la région.

Mais sous les changements administratifs et l’industrialisation, une autre histoire demeurait : celle d’une dynastie, d’une terre et d’une mémoire que les communautés locales continuent de transmettre.
Aujourd’hui, les notables du groupement Katanga veulent que cette histoire soit entendue à Kinshasa. Leur revendication est claire : voir leur entité érigée en chefferie, afin que son statut institutionnel puisse, selon eux, mieux correspondre à son poids historique et à la continuité de son autorité coutumière. Ils s’appuient notamment sur une succession traditionnelle qui, selon leur mémoire généalogique, compte quatorze souverains depuis KATANGA MUKENGE jusqu’à Sa Majesté John MUKINDA KYANANA II, actuellement à la tête du groupement. Ils invoquent également l’importance de l’union, en 1925, entre le chef Katanga LUPENFU et KAPIMPA NGOIE Maria, considérée comme un jalon majeur de la lignée régnante actuelle. Leur démarche intervient dans un contexte où le Katanga historique n’existe plus comme province unique, mais se trouve aujourd’hui réparti entre quatre provinces.

Pour les porteurs de cette revendication, cette fragmentation administrative ne doit cependant pas conduire à l’effacement des racines historiques qui ont donné son nom à toute une région. Ils appellent donc les autorités nationales à ouvrir le dossier, à écouter les notables, à examiner les archives et à confronter les traditions aux exigences du droit congolais. La question n’est pas seulement celle d’un titre coutumier supplémentaire. Elle touche à la mémoire d’un territoire, à la transmission d’une identité et à la place que la République accorde aux institutions qui existaient avant elle. Au-delà des querelles de légitimité qui peuvent traverser toute institution coutumière, une exigence demeure : que l’histoire soit examinée avec rigueur. Car si le groupement Katanga a effectivement porté une part déterminante de la mémoire dont le nom est devenu celui d’une province entière, alors cette histoire mérite au minimum d’être étudiée avec le sérieux que commande son héritage.
