
Le message venu de Goma résonne comme un électrochoc dans le débat politique katangais. À la suite de l’article publié par Échos du Congo sur l’appel patriotique de l’Honorable Patrick KATENGO, un activiste de la société civile de Goma, dont l’identité est gardée secrète pour des raisons de sécurité, a tenu à faire parvenir à notre rédaction un témoignage aussi direct que préoccupant : il dit soutenir la démarche du Président du Forum National de la Jeunesse et invite les Katangais à mesurer la gravité du moment. Depuis une ville qui vit au quotidien les conséquences de la guerre, son interpellation est sans détour : pendant que certains Congolais s’épuisent dans des querelles politiques, l’ennemi, le Rwanda, ne se querelle pas ; il avance. Pour cet acteur de la société civile, les divisions politiques, les réflexes tribalistes et les affrontements entre fils et filles d’un même espace Grand Katanga constituent autant de brèches dont peuvent profiter les intérêts étrangers. Il estime que les Katangais doivent impérativement sortir des calculs de chapelles et comprendre que l’heure n’est plus aux règlements de comptes, mais à la défense de la République. Dans son analyse, la guerre qui ravage l’Est ne saurait être considérée comme une affaire lointaine : elle engage l’avenir de l’ensemble du Congo. Il appelle ainsi le Grand Katanga à ne pas devenir un espace de récupération politique pour ceux qui chercheraient à exploiter les frustrations locales afin de servir des agendas qui dépassent les frontières nationales.
Le rappel de la mémoire de Mzee Laurent-Désiré KABILA vient donner à cette interpellation une dimension historique et politique particulièrement lourde. Patrick KATENGO refuse que l’histoire congolaise soit instrumentalisée pour fabriquer de nouveaux héros providentiels et appelle ses compatriotes à privilégier la République plutôt que les individus. Dans le même esprit, l’activiste de Goma met en garde les Katangais contre l’idée selon laquelle Joseph KABILA pourrait être présenté comme le sauveur naturel du Congo, estimant qu’aucune personnalité politique ne devrait être placée au-dessus de l’intérêt national. Il avance également une lecture géopolitique controversée de la crise régionale, qu’il relie à des ambitions d’expansion et de contrôle des ressources naturelles par le Rwanda. Une certitude, en revanche, s’impose dans le débat : le Congo ne peut être défendu par une nation divisée contre elle-même. Voilà pourquoi l’appel de Patrick KATENGO mérite d’être entendu au-delà des appartenances politiques : il ne s’agit plus simplement de savoir qui a raison contre qui, mais de déterminer ce que chaque Congolais est prêt à faire pour empêcher que les divisions internes ne deviennent le cheval de Troie des intérêts hostiles à la République Démocratique du Congo. Au Grand Katanga comme ailleurs, le patriotisme ne peut plus être un slogan de circonstance : il doit devenir une discipline collective, un refus de la manipulation et une obligation morale de placer la survie de la Nation au-dessus des ambitions personnelles.
