
Le notable Musodi Salabwe Dieudonné dénonce avec vigueur la gestion du Mwami Kaneranera et met au cœur du débat une question fondamentale : la redevance minière de Bunkeya est-elle devenue une source de privilèges familiaux au lieu de servir l’intérêt collectif ? Dans une interpellation particulièrement sévère adressée à ses frères et sœurs de la Chefferie , Musodi affirme que, depuis 2019, les études des enfants du Mwami dans des universités coûteuses aux États-Unis ont été financées par les revenus de la redevance minière. Il affirme également que chacun de ces enfants percevait mensuellement 40 000 dollars provenant de cette même ressource. Le notable soutient que l’Inspection générale des finances (IGF) détient des éléments susceptibles d’étayer ses accusations et promet que ces preuves pourront être présentées. Ces déclarations placent directement la gestion des revenus miniers au centre d’une exigence de reddition des comptes.
Qui a autorisé ces dépenses ? Quels montants ont été engagés ? Quels documents justifient ces paiements et quelle part des revenus a effectivement été consacrée au développement de Bunkeya ? Une ressource destinée à la collectivité ne peut être traitée comme un patrimoine privé ni servir à financer des avantages familiaux sans justification transparente et conforme aux règles applicables déplorent certains observateurs. Musodi exige que ces questions reçoivent des réponses précises, documentées et publiques. Il refuse que le prestige de la fonction coutumière fasse obstacle au contrôle de l’utilisation des fonds. Son réquisitoire est sans équivoque : les revenus miniers doivent être gérés dans l’intérêt de la population, et toute dépense contestée doit pouvoir être expliquée devant elle.

Le notable renforce son accusation en dénonçant le contraste entre les avantages qu’il attribue aux enfants du Mwami et la situation de plusieurs hommes qui, selon lui, ont longtemps servi dans l’entourage de l’autorité coutumière. Il cite Marcus Kimponto Shita, Filling Nsenga, Santo Shimbuka, Harve Ntalasha, Bobo Mwenda, Jean-Marie Kashoba, Baudouin Nkwambi, Mikombe Shita, Jean-Claude Kalasa et Didier Mudiata. Il demande pourquoi les descendants des Mwami Antoine Luhinda, Kitanika et Mukanda Bantu, ainsi que les familles d’autres notables associés à l’histoire de Msiri, n’auraient pas bénéficié d’avantages comparables. Son indignation vise une répartition qu’il estime profondément inéquitable : d’un côté, des enfants auxquels il attribue des études financées aux États-Unis et des versements mensuels considérables ; de l’autre, des hommes ayant consacré des années au service de l’institution coutumière. Il interpelle alors ses frères et sœurs de Bunkeya : peuvent-ils continuer à se taire face à des accusations aussi graves sans exiger de comptes ? Pour Musodi, la fidélité à une autorité ne doit jamais se transformer en renoncement au droit de questionner, de vérifier et de demander des explications.
Le respect de la tradition ne signifie pas l’acceptation aveugle de la gestion des ressources collectives ; la loyauté coutumière ne saurait justifier le silence devant des soupçons de favoritisme financier. L’heure est à la clarification des faits, à la publication des éléments comptables pertinents et à une réponse circonstanciée du Mwami Kaneranera. Si les irrégularités dénoncées sont établies, les responsabilités devront être déterminées et les suites appropriées engagées. À Bunkeya, l’enjeu dépasse désormais les personnes : il concerne la justice dans la répartition des bénéfices miniers, la crédibilité de l’institution coutumière et le droit de toute une communauté à savoir comment ses ressources sont utilisées.
