
L’immersion de la rédaction d’Échos du Congo sur l’axe Kasumbalesa–Mokambo–Sakania fait émerger un constat particulièrement préoccupant : selon plusieurs témoignages recueillis sur le terrain, la contrebande qui fragilise le dispositif frontalier ne serait pas imputable aux agents de la douane, mais impliquerait plutôt certains éléments des services de sécurité affectés à la surveillance des frontières, lesquels seraient soupçonnés de faciliter ou de couvrir des passages clandestins de marchandises. Le phénomène concernerait notamment des cathodes de cuivre qui franchiraient certains corridors securitaires sans que les opérations correspondantes soient normalement enregistrées et fiscalisées, ainsi que des véhicules automobiles qui entreraient sur le territoire national sans déclaration douanière régulière. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les douaniers, dont la mission consiste précisément à contrôler, déclarer et liquider les droits dus au Trésor, seraient parfois privés des moyens matériels et sécuritaires nécessaires pour exercer pleinement leurs prérogatives. Plusieurs acteurs locaux estiment ainsi qu’il existe un risque de déplacement artificiel de la responsabilité vers les services douaniers, alors que les mécanismes de sécurisation physique des frontières relèvent également d’autres services de l’État. Ces accusations, d’une exceptionnelle gravité, doivent naturellement être soumises à une enquête officielle permettant de dénicher les vrais coupables.
À Kasumbalesa, Mokambo et Sakania, la société civile appelle désormais à une clarification complète de cette situation et à une protection effective des agents de la Dgda qui accomplissent légalement leur mission. Si les témoignages mettant en cause certains éléments de sécurité étaient confirmés, il serait injuste de faire des douaniers les boucs émissaires d’un système qu’ils auraient précisément pour mission de combattre. L’enjeu dépasse largement les querelles entre services : il concerne directement les recettes publiques, la protection des ressources minières et l’autorité de l’État sur ses frontières. Les soupçons faisant état de protections ou de complicités à des niveaux supérieurs à Kinshasa doivent, eux aussi, être établis ou infirmés par une investigation indépendante. C’est pourquoi la gravité des dénonciations justifie une intervention au plus haut niveau de l’État, afin qu’une enquête puisse remonter toute la chaîne : qui autorise les passages, qui contrôle les itinéraires, qui facilite les mouvements clandestins, qui en tire profit et, surtout, pourquoi les agents douaniers chargés de maximiser les recettes seraient ensuite désignés comme responsables ? À Kasumbalesa, Mokambo et Sakania, la République est face à une exigence simple mais fondamentale : identifier les véritables responsables, protéger les agents honnêtes et mettre fin à tout mécanisme qui permettrait à la contrebande de prospérer au détriment du Trésor public. Affaire à suivre
