
La tentative de justifier la dispersion brutale des militants de l’ARDEV par la simple “absence de la province” du gouverneur intérimaire Martin KAZEMBE révèle une méthode de gestion qui inquiète autant qu’elle interroge. Derrière cet argument avancé à la hâte par ses communicateurs sur les réseaux sociaux, c’est surtout une fuite de responsabilité qui apparaît. Car dans toute administration sérieuse, l’absence physique d’une autorité ne suspend ni l’autorité de l’État ni les obligations de contrôle qui l’accompagnent. Vouloir faire croire que personne ne répond politiquement d’une intervention policière menée dans un contexte aussi sensible revient à prendre l’opinion publique pour une foule sans mémoire ni intelligence institutionnelle. Au lieu d’apaiser, cette communication maladroite renforce l’impression d’un pouvoir provincial qui improvise ses réponses au gré des tensions politiques.

Le plus troublant demeure cependant le fossé entre les faits et le récit officiel. Les militants de l’ARDEV n’étaient ni dans une opération insurrectionnelle ni dans une démonstration de force illégale au cœur de la ville : ils se trouvaient à leur siège, dans un cadre strictement politique et organisationnel. Dès lors, la question essentielle reste sans réponse : qui a donné l’ordre de disperser ? Et si Martin KAZEMBE était réellement absent, pourquoi les autres maillons de la chaîne institutionnelle — notamment le ministre provincial de l’ intérieur semble- t-il aujourd’hui sans visage et sans responsabilité ? Cette confusion entretenue autour des responsabilités traduit moins une maîtrise du pouvoir qu’une désorganisation inquiétante de l’appareil provincial, où chacun paraît chercher un bouclier au lieu d’assumer ses actes.

Cette affaire expose finalement les limites d’une gouvernance dominée par les réflexes plus que par la rigueur institutionnelle. En s’attaquant directement à l’ARDEV de Jacques KYABULA, Martin KAZEMBE semble oublier le poids politique réel de ce parti politique dans le Haut-Katanga, particulièrement lors de la présidentielle de 2023 où elle avait joué un rôle majeur dans le repositionnement des équilibres politiques au profit de Félix TSHISEKEDI face à Moïse KATUMBI. Chercher à affaiblir une telle force par la pression et la dispersion policière ressemble davantage à une démonstration de fébrilité qu’à une preuve d’autorité. Et dans une province déjà confrontée à de nombreux défis de gouvernance, utiliser la police comme argument politique risque surtout d’accélérer la perte de crédibilité des institutions elles-mêmes.
