
L’affaire des deux conservateurs installés pour une même circonscription foncière à Lubumbashi-Ouest, le jeudi 8 octobre 2026, met à nu une préoccupante confusion administrative qui interpelle directement les responsables provinciaux du Haut-Katanga. Au centre de cette controverse, le conservateur Detou KATUTA se retrouve confronté à une décision qu’il considère comme arbitraire, sur fond de confrontation entre deux centres de décision : l’un attribué au gouverneur intérimaire Martin KAZEMBE, l’autre relevant du Secrétariat général aux Affaires foncières à Kinshasa. Une telle situation appelle une question fondamentale : depuis quand une administration peut-elle tolérer que deux conservateurs revendiquent simultanément la responsabilité d’une même circonscription, sans que la compétence de chacun soit préalablement établie ? Les Affaires foncières ne peuvent être administrées au gré des injonctions concurrentes ni devenir le terrain d’expression de rapports de force entre autorités. Dans un système de déconcentration administrative, les compétences sont encadrées par les textes, et chaque responsable est tenu de s’y conformer. Si la décision du Secrétariat général a été régulièrement prise dans le cadre de ses attributions, aucune initiative provinciale ne peut en neutraliser arbitrairement les effets en dehors des procédures légales. L’autorité administrative n’est pas un pouvoir discrétionnaire sans limites : elle est une responsabilité soumise au droit. Dès lors, l’installation d’un second conservateur à Lubumbashi-Ouest, si elle contredit un acte valide de l’administration centrale, soulève un sérieux problème de légalité et de responsabilité. Le cas de Detou KATUTA dépasse ainsi le sort d’un agent public : il pose la question du respect des règles de compétence, de la protection des fonctionnaires contre les décisions potentiellement irrégulières et de la crédibilité même de l’administration foncière. Car lorsqu’un service chargé de garantir la sécurité juridique des propriétés donne l’image d’une institution incapable de déterminer clairement son propre responsable, c’est la confiance des citoyens dans l’État qui se trouve fragilisée.
Face à cette dérive présumée, le gouverneur intérimaire Martin KAZEMBE et le ministre provincial des Affaires foncières doivent être rappelés à une exigence non négociable : le respect de la légalité administrative ne relève ni d’une faveur ni d’une option politique, mais d’une obligation institutionnelle. Le ministre provincial ne saurait se placer au-dessus de la hiérarchie administrative ni laisser croire que les actes de l’autorité compétente peuvent être écartés au gré de considérations locales. Il doit agir dans les limites de ses attributions et veiller à ce que toute décision concernant les services fonciers repose sur une base juridique incontestable. Quant au gouverneur intérimaire, son autorité provinciale ne saurait justifier une intervention qui, si elle méconnaissait les compétences légalement établies du Secrétariat général, exposerait l’administration à une crise évitable. Il est donc impératif que les actes ayant conduit à cette double installation soient rendus publics, confrontés aux textes applicables et examinés sans complaisance. Le Secrétariat général aux Affaires foncières doit clarifier la situation de Lubumbashi-Ouest et déterminer les suites administratives appropriées. Si une irrégularité est établie, elle doit être corrigée et les responsabilités engagées conformément à la loi. L’État ne peut prétendre imposer l’ordre aux citoyens lorsque ses propres services donnent le spectacle d’une autorité fragmentée. Martin KAZEMBE n’est pas au-dessus des règles, pas plus que le ministre provincial ou tout autre responsable public. La gouvernance ne consiste pas à multiplier les injonctions, mais à garantir la cohérence des décisions et le respect des compétences. Detou KATUTA a droit à un examen impartial de sa situation ; l’administration foncière, elle, a besoin d’une clarification urgente. Le Haut-Katanga ne peut se permettre que la gestion du patrimoine immobilier de ses citoyens soit fragilisée par des décisions concurrentes. Il appartient désormais aux autorités concernées de rétablir l’ordre, non par des rapports de force, mais par la primauté du droit. Car lorsque la hiérarchie administrative est ignorée ou contournée, ce n’est pas seulement un conservateur qui se retrouve fragilisé : c’est l’autorité même de l’État qui est mise à l’épreuve.
