
Cent ans. Un siècle sépare l’accession au trône de l’ancêtre de l’installation de son successeur. Dans le groupement Katanga, au cœur de l’espace Grand Katanga, cette correspondance des dates donne à la mémoire coutumière une résonance particulière. Selon le récit généalogique familial transmis par Sa Majesté John MUKINDA KYANANA II, l’histoire contemporaine de cette lignée commence en 1925 avec l’accession au trône de Katanga Lupenfu, présenté comme son grand-père maternel et comme le père biologique de sa mère, KAPIMPA NGOIE Maria. Son règne a duré cinquante-deux ans, jusqu’en 1977. À sa disparition, la succession se poursuivit avec son petit-fils maternel, Pepengwe Albert, qui régna de 1977 à 1986. Huit années plus tard, une nouvelle transmission intervint avec Katanga NDELENI ERNEST NGOY, présenté comme le petit frère biologique de Katanga KYANANA NGOY Pierre. Il demeura à la tête du groupement jusqu’en 2004, soit dix-huit années. En 2005, Katanga Kilanga Kibombe Eugène prit à son tour la direction de la chefferie. Petit-fils maternel du précédent, il conserva le trône jusqu’en 2021. Cette succession, étalée sur près d’un siècle, raconte plus qu’une série de règnes. Elle révèle la manière dont une mémoire coutumière se transmet à travers les générations, malgré les ruptures politiques et les transformations de la société. Elle rappelle aussi que, dans certaines communautés, l’histoire du pouvoir ne se lit pas uniquement dans les archives administratives. Elle se conserve également dans les généalogies, les récits familiaux et la mémoire des anciens.
Le deuxième temps de cette histoire commence le 15 mai 2022. Ce jour-là, selon le même récit familial, John MUKINDA KYANANA II est désigné comme successeur de son grand frère, Katanga Kilanga Kibombe Eugène selon la tradition. Les troubles politiques ont cependant retardé son installation. Celle-ci intervient finalement en 2025. Le symbole est alors puissant : l’installation du nouveau Chef survient exactement un siècle après l’accession de l’ancêtre de 1925. Pour la famille, cette coïncidence fonde une lecture particulière de la succession. John MUKINDA KYANANA II se présente comme celui qui vient assurer la continuité de la lignée. C’est également ce qui donne sens, dans son récit, au nom de KYANANA. Celui-ci devient un marqueur de filiation et de continuité historique. Mais cette histoire familiale s’inscrit dans une mémoire plus vaste. Celle des Balemba et d’un territoire où les traditions rapportent une ancienne maîtrise du cuivre, avec des sites miniers et métallurgiques aujourd’hui entrés dans le patrimoine historique de l’ espace Katanga qui tire son nom de ce grand peuple. De la terre travaillée par les anciens mineurs aux institutions coutumières contemporaines, un même fil traverse les générations : celui de la transmission. L’enjeu du présent est donc de préserver cette mémoire avec rigueur. Les généalogies doivent être recueillies. Les récits des anciens doivent être documentés. Les traditions doivent être confrontées aux archives, à l’archéologie et aux recherches historiques. Car le centenaire 1925–2025 n’est pas seulement une date commémorative dans le récit de la lignée KYANANA. Il constitue une invitation à regarder autrement l’histoire du groupement Katanga : non comme une succession de noms et de règnes, mais comme une mémoire vivante, portée par des générations qui se transmettent un territoire, une identité et une responsabilité coutumière.
