
À quelque 85 kilomètres de Lubumbashi sur la route Likasi, le Groupement Katanga semble renouer progressivement avec une vie ordinaire, malgré les tensions qui ont marqué ces dernières mois autour de sa chefferie coutumière. Dans cette quête de compréhension, Échos du Congo est allé à la rencontre du grand Chef John MUKINDA, pour recueillir son « autre son de cloche » et entendre directement sa version d’un conflit qui l’oppose notamment à Denis LOLE. Face aux accusations d’usurpation qui circulent autour du trône, le Grand Chef coutumier se veut catégorique : « Je ne suis pas un usurpateur. Je suis légitime et reconnu par mes ancêtres et par l’État Congolais. » Il précise que Denis LOLE est son neveu et appartient à la famille, mais soutient que son accession au pouvoir en 2022 aurait été marquée, selon lui, par de nombreuses irrégularités. À l’en croire, c’est précisément la coutume qui aurait finalement permis de rétablir ce qu’il considère comme la légalité successorale et matriarcale. Pour comprendre les ressorts de cette querelle, notre reportage remonte à l’histoire du village et aux règles coutumières qui encadrent la succession au trône. Le notable chargé de l’intronisation affirme avoir lui-même remis le pouvoir à au Chef John MUKINDA, tandis que sa mère biologique revient sur les circonstances dans lesquelles son fils a accédé à la chefferie en confirmant sa légalité coutumière. Sur place, plusieurs notables et habitants rencontrés par notre équipe apportent également leurs témoignages, chacun permettant de mieux saisir les enjeux d’une succession dont les versions demeurent au cœur du débat. Loin de se limiter à une querelle de personnes, cette confrontation renvoie ainsi à la question plus profonde de la légitimité coutumière, de la transmission du pouvoir et de la reconnaissance institutionnelle.
Mais au-delà du conflit qui occupe les esprits, la visite guidée du Groupement Katanga donne à voir une autre réalité : celle d’un territoire qui cherche à se reconstruire et à se projeter vers l’avenir. Dans les différents sites visités, le grand Chef John MUKINDA laisse ses empreintes par les chantiers et les projets qu’il entend inscrire au cœur de son action. L’électrification du groupement figure, selon lui, parmi les priorités majeures, dans un espace où l’accès à l’énergie demeure déterminant pour l’éducation, l’économie locale et l’amélioration des conditions de vie. À proximité du centre coutumier, les premières fondations du nouveau palais royal sont déjà visibles, avec l’ambition d’ériger un édifice à la hauteur du statut et de l’histoire du groupement. La visite se poursuit sur les axes routiers où des travaux sont engagés, puis sur le site destiné à accueillir les premiers travaux d’une université, signe d’une volonté affichée de faire de l’éducation un levier du développement local. D’autres initiatives communautaires sont annoncées ou encore en gestation. Dans les témoignages recueillis auprès de la population, un sentiment revient avec insistance : celui d’une vie qui reprend progressivement son cours. C’est dans ce contraste entre une succession coutumière encore disputée dans les récits et une communauté qui aspire à tourner la page des tensions que se dessine le visage actuel du Groupement Katanga. En donnant la parole au grand Chef John MUKINDA, à sa famille, aux notables et aux habitants, ce reportage ne prétend pas clore le débat sur la légitimité du trône ; il restitue les différentes paroles recueillies sur le terrain et laisse apparaître, derrière la controverse, les attentes très concrètes d’une population qui regarde désormais vers l’électricité, les routes, l’éducation et le développement.
