
Loin d’être un simple calcul d’opportunité, la posture de Martin KAZEMBE , intérimaire du Haut Katanga doit être lue comme un acte de renoncement articulé, c’est-à-dire comme une manière méthodique d’esquiver l’obligation publique au nom d’un attachement politique et relationnel. Ce qui est en jeu ne se réduit pas à l’hypothèse selon laquelle il lui serait « difficile » ou « impossible » de contenir une revendication émanant de cercles identifiables à sa matrice de proximité : le cœur de la manœuvre réside ailleurs, dans le refus de rompre le fil de dépendance affective et d’intermédiation, direct ou indirect, qui le rattache à Moïse KATUMBI. Là où l’on voudrait faire croire que la contrainte serait institutionnelle et donc essentiellement technique , la dynamique à l’œuvre témoigne d’une autre logique : la gouvernance se trouve traitée comme une extension de la relation, comme une sorte d’immunité consentie à la sphère de l’entre-soi. Mais dès lors que la question convoque la Constitution, norme de principe appelée à organiser l’espace commun, la justification par la gêne relationnelle devient politiquement inconcevable : l’État qui s’incline devant l’affect ne fait pas seulement évoluer ses décisions, il altère la substance même de la règle.
Dès lors, la neutralité revendiquée ne ressemble plus à une abstention ; elle devient une orientation, une forme d’arbitrage par retrait. Le scénario où KAZEMBE serait conduit à contribuer, de manière indirecte, à empêcher que la dynamique constitutionnelle autour de l’« Union Sacrée de la Nation » ne consolide ses propres effets révèle l’enjeu réel : non pas seulement gérer une séquence de mobilisation, mais travailler un rapport de forces en amont, laisser l’événement produire sa signification plutôt que de l’ordonner. Dans cette architecture, l’intérim ne « subit » pas : il organise une temporisation, assez pour que la tension travaille la configuration du réel à la place de la décision publique ; assez pour que la contradiction se sédimente comme un résultat. Ainsi, le débat constitutionnel censé être traité comme un cadre commun à protéger et à faire respecter glisse vers l’arène d’une conflictualité utile, où l’on laisse la polarisation densifier la scène symbolique. Et quand la protestation cesse d’être une demande et devient confrontation, l’inaction cesse d’être une excuse : elle prend la forme d’une prise de position, précisément parce qu’elle consiste à ne pas heurter le « cousin » Moïse KATUMBI au détriment de la discipline de l’État, faisant de la Constitution moins un principe partagé qu’un instrument de régulation des appartenances.
