
Dans un Haut-Katanga privé de son gouverneur bâtisseur, Jacques KYABULA, élu, originaire de l’espace, et retenu à Kinshasa pour des motifs opaques, la visite conjointe des présidents de Sempya et de Lwanzo auprès de Michel KABWE, président de l’Assemblée provinciale, paraissait d’abord ouvrir une fenêtre d’espérance. Espérance d’un signal politique en faveur du retour du Gouverneur légitime ou, à tout le moins, d’un rappel au cap institutionnel dans une séquence brouillée. Mais le cadrage public de l’entretien, la « cohésion sociale » menacée par des discours politiciens non nommés, a aussitôt déporté la focale du terrain institutionnel vers le registre moral, neutralisant ainsi tout débat frontal sur la vacance de leadership et ses véritables coûts politiques, économiques et symboliques pour la province.
À l’examen, la scénographie révèle plus d’ambiguïtés que de substance. D’une part, le choix d’une cause incontestable, la cohésion, tient lieu de paravent consensuel, évitant soigneusement toute adresse aux ressorts du désaccord : mécanismes de légitimation du pouvoir intérimaire, responsabilités des acteurs, calendrier et garanties d’un retour à la normale. D’autre part, l’option d’une démarche « en solo », hors des canaux naturels de la Fondation katangaise, affaiblit la portée représentative de l’initiative et accrédite l’hypothèse d’une opération de perception plus que d’une médiation inclusive. La proximité personnelle prêtée aux deux présidents avec l’intérimaire Martin Kazembe — quand bien même leurs bases ne partageraient pas cette ligne, alimente la lecture d’un soft lobbying : aller « faire les yeux doux » au président de l’Assemblée, à l’orée de la session de mars, afin de préparer les ressorts procéduraux et narratifs d’une légitimation de l’intérim, sous couvert d’un discours protocolaire sur l’unité.
Au total, la visite, loin d’éteindre les soupçons, les a reconfigurés. Elle convertit une exigence de clarté institutionnelle en un récit moral commode, déposé dans le bureau le plus stratégique de la province. Elle substitue au test de responsabilité (nommer, assumer, arbitrer) un impératif d’apaisement sans contenu vérifiable et marginalise les instances les mieux outillées pour contrer la rhétorique de la haine. Aux yeux d’un grand nombre de Katangais, Sempya et Lwanzo n’ont pas incarné la voix structurante des socio‑culturels : ils ont joué, fût‑ce malgré eux, les émissaires d’une normalisation de l’intérim. Or, dans un contexte où l’État de droit se mesure à la transparence des procédures et à la fidélité au suffrage, la cohésion ne peut servir de cheval de Troie : elle doit être l’aboutissement d’une vérité politique assumée, non l’alibi d’une manœuvre.
