Les Infrastructures : Un Levier Stratégique de Souveraineté et de Développement

Tribune de Richard ILUNGA Ministre Provincial Honoraire

Malgré un contexte national et régional marqué par des crises récurrentes, la République démocratique du Congo amorce, avec détermination, une relance progressive de ses infrastructures et de ses grands ouvrages. Cette orientation s’inscrit dans la vision politique portée par le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui place la reconstruction du pays, la justice territoriale et le rattrapage historique au cœur de l’action publique. Il s’agit moins d’un effet d’annonce que d’un choix stratégique assumé : refonder l’État par l’aménagement du territoire et la reconquête de sa souveraineté matérielle.

À l’indépendance, en 1960, le Congo héritait d’un socle d’infrastructures certes inégalement réparti, mais structurant, organisé autour de pôles urbains majeurs. Léopoldville (Kinshasa) et Élisabethville (Lubumbashi) concentraient l’essentiel du pouvoir politique et économique, tandis que Thysville (Mbanza-Ngungu), Stanleyville (Kisangani) et Luluabourg (Kananga) assuraient des fonctions administratives et logistiques essentielles. Des villes telles que Matadi, Boma, Coquilhatville (Mbandaka), Costermansville (Bukavu), Albertville (Kalemie), Paulis (Isiro), Port-Francqui (Ilebo), Jadotville (Likasi) et Uvira complétaient cette ossature territoriale.

Cet héritage, qui aurait dû servir de tremplin au développement national, a été profondément fragilisé par la confiscation du pouvoir politique au lendemain de l’indépendance, l’éviction brutale des institutions démocratiques et la mise à l’écart du gouvernement légitime dirigé par le Premier ministre Patrice Emery Lumumba, suivies de sa liquidation physique. La centralisation excessive de l’État sous la Deuxième République, conjuguée à une gouvernance patrimoniale et à l’abandon des politiques d’entretien, a transformé ces acquis en vestiges, accentuant le désenclavement, la fracture territoriale et l’injustice spatiale. Cette mauvaise orientation s’est prolongée sous les gouvernements issus de l’AFDL puis du tandem PPRD–FCC.

La situation de Kinshasa, capitale politique et vitrine de la République, illustre à elle seule les contradictions de l’État congolais : une ville stratégique, mais longtemps livrée à l’anarchie urbaine et à l’insalubrité chronique. Aujourd’hui, Kinshasa redevient progressivement un chantier politique majeur. Le lifting en cours, encore insuffisant mais réel, traduit une volonté de rupture avec l’immobilisme. Sous l’impulsion du gouverneur Daniel Bumba Lubaki, à travers le programme Kinshasa Ezo Bonga, la capitale est appelée à redevenir un symbole d’autorité publique, d’ordre urbain et de dignité nationale, à condition que cette dynamique soit consolidée dans la durée.

Cependant, il faut le dire avec clarté : aucune politique d’infrastructures ne peut réussir sans discipline institutionnelle, transparence dans la gestion des fonds publics et rupture assumée avec les pratiques de prédation. La reconstruction du pays ne saurait être l’affaire d’un seul homme ni d’un seul mandat. Elle exige continuité de l’État, responsabilité des dirigeants, contrôle citoyen et mobilisation collective.

Avec des données statistiques audacieuses faisant état de plus de 30 000 km de routes urbaines et rurales — construites pour certaines, réhabilitées pour d’autres — la RDC s’inscrit désormais dans une logique où la réhabilitation et l’extension des infrastructures sont érigées en priorité stratégique nationale. La modernisation des routes nationales RN1 et RN12, l’ouverture de corridors frontaliers vers l’Angola et la Zambie, la réhabilitation d’axes structurants tels que Kananga–Kalamba–Mbuji, ainsi que les travaux de voirie et de rocades à Kinshasa traduisent une volonté politique claire de désenclaver le territoire et de restaurer l’autorité de l’État. Le programme de plus de 3 700 kilomètres de routes stabilisées à l’horizon 2026 constitue, à cet égard, un test majeur de crédibilité gouvernementale.

Parallèlement, plusieurs aéroports sont en construction ou en modernisation dans différentes provinces, notamment : l’aéroport international de N’Djili (nouveau terminal en projet), l’aéroport international de Luano (modernisation en cours), l’aéroport de Kananga (construction et modernisation), les aéroports de Mbuji-Mayi et de Kikwit (réhabilitations), ainsi que d’autres plateformes à Kalemie, Moba et ailleurs (études et aménagements).

Des hôpitaux modernes et des universités voient également le jour à travers le pays, traduisant la volonté de doter les provinces d’infrastructures sociales et économiques à la hauteur des attentes légitimes des populations. À cela s’ajoute la construction de 1 384 écoles, 264 centres de santé, 238 marchés et 91 bâtiments administratifs dans le cadre du Programme de développement des 145 territoires, initié il y a deux ans et demi, visant notamment les zones rurales. Cette dynamique s’inscrit dans une perspective de continuité et d’élargissement progressif.

Enfin, nous appelons le gouvernement de la République à engager, sans détour, une réflexion profonde et courageuse sur la politique générale d’urbanisme de nos grandes villes, à commencer par Kinshasa. Le projet Kin Elenda peut constituer une étape, mais il ne saurait suffire face à l’ampleur des défis urbains. Il est désormais impératif de prendre le problème à la racine : repenser l’organisation spatiale, assainir durablement le tissu urbain et engager, là où cela s’impose, de vastes opérations de restructuration et de reconstruction planifiée. Plusieurs pays, à l’instar de l’Angola et de l’Éthiopie, ont su transformer des villes construites dans le désordre en métropoles modernes, fonctionnelles et dignes. La RDC doit assumer ce tournant historique avec méthode, courage politique et sens élevé de l’intérêt général.

En définitive, la politique des infrastructures n’est pas une option technique : elle constitue un choix politique fondamental. Elle engage la souveraineté nationale, l’unité du territoire et la justice sociale. Les efforts engagés méritent d’être salués, mais le peuple congolais attend désormais des résultats visibles, durables et équitables. Il appartient au gouvernement de transformer cette dynamique en véritable rupture historique, afin que le développement cesse d’être une promesse récurrente et devienne enfin une réalité tangible pour l’ensemble des concitoyens.

Richard Ilunga Muipatayi
Ministre provincial honoraire

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