
La réhabilitation récente du Bourgmestre Lieusaint KALENG par le Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Intérieur, Jacquemain SHABANI, a ravivé les tensions à Fungurume. Cette décision, accueillie par une partie de la population comme le retour d’un leadership légitime, a simultanément déclenché une levée de boucliers de la part de ses opposants, déterminés à entraver son retour aux affaires. Faut-il y voir la simple expression de griefs administratifs ou la peur d’un homme perçu comme une menace pour des intérêts solidement établis dans cette commune stratégique de la Province du Lualaba, riche en redevances minières ?
Au cœur des polémiques, des accusations d’indiscipline et de détournement de fonds circulent avec insistance. Elles exigent, sans conteste, une investigation rigoureuse, documentée et impartiale. Car dans un contexte où la politique locale se mêle aux enjeux économiques liés au secteur minier, ces charges peuvent, tout autant, servir de paravent à des rivalités personnelles qu’exprimer de véritables préoccupations de gouvernance.
La prudence s’impose donc : ni l’angélisme ni l’acharnement ne devraient guider l’analyse.
La posture de la bourgmestre adjointe ajoute une couche de complexité. Ses prises de position, interprétées par certains comme une tentative de s’aligner sur le camp des opposants à KALENG, laissent entrevoir un jeu d’équilibres et de calculs. S’il s’agit de remettre en cause l’autorité de Kinshasa — qui a validé la réhabilitation — la manœuvre interroge. Pourquoi chercher à contrecarrer une décision censée ramener de la clarté institutionnelle dans une commune où la stabilité administrative est un préalable à toute dynamique de développement ?
Dans le même temps, la décision de Kinshasa peut être lue comme un signal fort: restaurer la confiance, ramener l’ordre et sortir des blocages qui ont trop longtemps pénalisé la commune. La “majorité silencieuse” — commerçants, ménages, jeunes, sociétés locales — semble aspirer moins au fracas des querelles qu’au retour à l’essentiel: routes praticables, services publics fonctionnels, gestion transparente des redevances minières et opportunités économiques tangibles. Beaucoup voient en KALENG la possibilité d’un nouvel élan, à condition que sa gouvernance soit encadrée par des mécanismes clairs de redevabilité.
Ainsi recentrée, la réhabilitation de Lieusaint KALENG cesse d’être un simple bras de fer politique pour devenir un test institutionnel. Si les accusations ne reposent que sur des luttes d’influence, elles s’effriteront face à une gouvernance ouverte et traçable. Si, au contraire, des manquements sont établis, ils devront être traités avec la même rigueur, sans calculs ni favoritisme.
Dans les deux cas, c’est la crédibilité de la commune qui est en jeu.
Fungurume n’a pas besoin d’une victoire de camp, mais d’un cap. Réhabiliter KALENG peut relever à la fois d’une exigence de justice et d’un pari sur l’avenir , à condition que ce retour s’accompagne d’engagements mesurables, de contrôles effectifs et d’une culture du résultat. Entre peurs diffuses et espoirs concrets, le moment est venu de transformer l’épreuve en opportunité: que la légitimité se prouve par les actes, et que l’intérêt général l’emporte enfin sur les calculs de court terme.
