Haut-Katanga, Otage d’Un Triomphe Sans Partage de l’UDPS

L’équilibre géopolitique du Haut-Katanga est en panne sèche, et la facture politique s’annonce lourde. En s’arc-boutant sur une logique d’hégémonie, l’UDPS paraît décidée à tout absorber : Assemblée Provinciale, Gouvernorat, Mairie de Lubumbashi, et Cinq Communes-clés (Ruashi, Kampemba, Annexe, Katuba, Lubumbashi). À cela s’ajoutent des portefeuilles provinciaux stratégiques confiés à des membres de l’ UDPS, dont ceux du budget , mines et autres, à la faveur d’un remaniement opéré par l’intérimaire Martin KAZEMBE. Ce grand chelem institutionnel, possible victoire à court terme, ressemble à une défaite programmée à moyen terme.
Car il enterre le principe fragile mais vital de la cohabitation entre forces qui ont, chacune à leur manière, “mouillé le maillot” pour l’élection du Président Félix TSHISEKEDI dans une province où Moïse KATUMBI demeurait ultra-compétitif. La stratégie du rouleau compresseur transforme des partenaires d’hier en cibles de militants zélés aujourd’hui, creuse un ressentiment durable et conforte l’idée que le vote, ici, ne vaut que s’il se rend docile. Or, hors des bastions urbains de Lubumbashi, Likasi et Kasumbalesa, l’UDPS demeure, selon de nombreux observateurs, une force clairsemée dans les six territoires: l’emporter par la géographie institutionnelle contre la géographie sociale est une tentation récurrente du pouvoir, mais elle ne tient jamais longtemps face au test des réalités locales.

Le paradoxe est cruel : c’est précisément grâce à l’ARDEV de Jacques KYABULA, aujourd’hui bousculée, et à l’Unafec, toutes ailes confondues, qu’une majorité conséquente s’est cristallisée autour du Chef de l’État en 2023.
Déconstruire cette coalition au profit d’une centralisation partisane, c’est confondre verticalité et efficacité, autorité et autoritarisme. Le contexte ne pardonne pas: pendant que l’agression Rwandaise impose une vigilance nationale et une Union Sacrée soudée, le Haut-Katanga s’abîme dans une lutte d’appareil sans boussole, où l’obsession de “se tailler la part du lion” l’emporte sur l’exigence de gouverner pour reconstruire. Éviter l’exclusion n’est pas un slogan moral; c’est une discipline de survie politique dans une Province stratégique, traversée par des intérêts économiques lourds et des loyautés plurielles.
À défaut de rééquilibrer, d’ouvrir le jeu, de protéger ceux qui ont pris des risques au service de la majorité Présidentielle, la sanction de la majorité silencieuse sera implacable: elle se tait, puis elle se retire. Et lorsqu’elle se retire, ni les décrets ni les investitures ne suffisent à combler le vide: ils ne font que l’élargir.

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