100 Jours de Règne de Madame le Maire Intérimaire Joyce TUNDA : Que Retenir ?

Cent jours, c’est généralement le temps d’esquisser une vision, de nommer une direction et, idéalement, de livrer au moins un embryon de politique publique.
À Lubumbashi, c’est surtout devenu l’art de la contorsion politique et du vernis cosmétique.
Revenue à l’Hôtel de Ville après un bras de fer juridico-politique au Conseil d’État contre Patrick KAFWIMBI , Joyce TUNDA a conquis le fauteuil d’intérimaire pour mieux s’installer dans l’intérim permanent: assez légitime pour gouverner, trop occupée à capitaliser sa victoire pour penser la ville.
On retiendra sa grande volte-face de décembre 2025 : ouvrir un couloir aux motards en plein centre-ville, elle qui en avait fait sa bête noire. Officiellement, humanitarisme; officieusement, main tendue à un vivier électoral acquis au parti au pouvoir, l’UDPS. On appelle cela «abdication stratégique»: la règle s’évapore, la cohérence s’évade, l’autorité de la Mairie se contente d’accompagner la rue au lieu de la réguler.

À défaut de politiques structurantes, on mise sur la propreté de façade. Les camions passent, les sacs poubelles disparaissent, le centre-ville respire — et la Mairie se transforme en régie d’assainissement XXL, pendant que les communes, privées de recettes sur les immondices aspirées vers la caisse mère, regardent leurs caniveaux se remplir et leurs marges s’effondrer.
L’addition est pourtant grasse : taxe stationnement, taxe parking, taxe environnement, péage urbain, taxe immondices, taxe d’enterrement… autant de tuyaux qui alimentent un réservoir budgétaire de la Mairie de Lubumbashi sans jaillir en projets phares. Rien sur la mobilité urbaine, rien sur les espaces publics, rien sur la sécurité de proximité.
Sur ces mêmes boulevards briqués à grand bruit, les enfants des rues et shegués imposent leur loi de survie : arrachages, vols, agressions — la panique gagne, la Mairie «navigue à vue». Les Lushois, qui avaient déposé sur le bureau de Mme le Maire un crédit d’espoir, récupèrent aujourd’hui un reçu froissé: promesses non perçues, service non rendu.

Et pendant que la Ville s’enlise, l’Hôtel de Ville s’étrique. L’intendance des nominations ressemble à un étal de récompenses partagées entre «combattants de l’ UDPS» de la saga juridique, au risque de fracturer l’administration et de réduire la deuxième institution urbaine du Pays à une permanence politique.
L’image avant l’ouvrage, la loyauté avant la compétence, le signal avant la stratégie.
La Maire entretient son capital personnel quand il faudrait articuler un plan sérieux: résilience climatique, lutte contre le banditisme urbain, prise en charge des mineurs en rupture, régulation des flux de motards et de marchés pirates , répartition claire des recettes avec les communes, calendrier d’investissements et indicateurs publics de suivi.
Cent jours de tâtonnements, c’est déjà trop: il est temps de changer de fusil d’épaule, de quitter la communication d’entretien pour l’action de transformation — autrement, la propreté du centre Ville ne sera bientôt plus qu’un décor propre sur une scène qui se délite.

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