La décision ministérielle n° 00964/CAB.MIN/MINES/01/2025, signée le 19 décembre 2025 par le Ministre National des Mines, Watum KABAMBA, a eu un impact retentissant dans le Grand Katanga. En procédant à un gel de l’extraction et de la commercialisation artisanales du cuivre et du cobalt, cette mesure a brusquement interrompu un écosystème vital qui soutient des milliers de familles.
À la tête de la contestation, Augustin MULONGOY (Rassemblement des Jeunes Katangais), Patrick MWALE (responsable des relations publiques des exploitants) et Arsène KITENGE (secrétaire exécutif) forment un front uni. Ils articulent leurs revendications autour d’une réalité économique incontournable : l’artisanat minier ne constitue pas un simple épiphénomène, mais représente la colonne vertébrale d’une économie locale — englobant transporteurs, vendeuses de vivres, changeurs, et manutentionnaires — désormais à l’arrêt.

Les creuseurs dénoncent une décision jugée unilatérale, en totale contradiction avec l’ambition sociale que défend le président Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO. Ils appellent à un arbitrage présidentiel pour remplacer cette « suspension sèche » par un mécanisme transitoire visant à délimiter immédiatement des zones d’exploitation artisanale, à formaliser progressivement les opérations avec traçabilité, ainsi qu’à encadrer la sécurité. Pour Patrick MWALE, priver du jour au lendemain des milliers de travailleurs de leur unique source de revenu n’apporte ni solution à la pauvreté ni à l’insécurité. Au contraire, cela les pousse vers l’informel et fragilise le tissu social.

Au-delà de la crise économique, la contestation prend une tournure symbolique et politique : dans un contexte régional tendu, les leaders associent la protection des moyens de subsistance à la souveraineté nationale. Ils invoquent également l’accord de Washington comme référence pour leur engagement contre les circuits opaques tout en plaidant pour l’inclusion des petits producteurs.

Deux trajectoires se dessinent. La première envisage la suspension comme un levier pour une réforme concertée : une gouvernance renforcée incluant des obligations sociales et environnementales, l’amélioration de la conformité des sites artisanaux, ainsi que des mécanismes de partage équitable des rentes et de sécurisation des communautés riveraines. La seconde menace de figer cette mesure en une fracture durable, alimentant la clandestinité, les tensions locales et la défiance envers l’État.
La manière dont le gouvernement répondra à cette crise dépassera le seul cadre katangais. Elle interrogera la capacité de la politique minière congolaise à allier rigueur et justice, discipline des filières et dignité des travailleurs, tout en transformant une colère légitime en un nouveau contrat social entre institutions, communautés et marchés.

