
Dans le Haut-Katanga, la scène politique s’anime au rythme d’alliances mouvantes et de discours à géométrie variable, où la figure de Martin KAZEMBE cristallise les interrogations. Vice-gouverneur et gouverneur intérimaire, il a récemment appelé, lors d’un meeting de l’Union sacrée de la Nation le 21 octobre, à l’unité des forces de l’opposition autour de son action. Une injonction paradoxale qui, au lieu de clarifier son positionnement, accentue le flou. Car au même moment, le FCC de Joseph KABILA demeure en froid avec le pouvoir de Kinshasa, tandis que l’ACO de Dany BANZA se perd dans l’indécision, son leader prolongement absent en Europe. Dans ce contexte, l’appel de KAZEMBE ressemble moins à un rassemblement programmatique qu’à une tentative d’agrégation opportuniste, rendant opaque la cohérence de sa démarche et la sincérité de ses intentions.
Cette impression de brouillage s’est renforcée lors de sa participation à la Journée de la Femme rurale à Kasenga aux côtés d’Ensemble pour la République de Moïse KATUMBI. Le geste peut se lire comme une quête de capital politique, une manière de s’arrimer à une base sociale active et de s’offrir une crédibilité transversale. Mais il expose aussi une tension de fond: comment concilier une proximité affichée avec le pouvoir et un compagnonnage ponctuel avec une formation critique envers le Président Félix TSHISEKEDI ? Ce pas de côté, fût-il tactique, ébrèche l’image d’un engagement linéaire et alimente l’idée d’une loyauté à éclipses. Plutôt que la simple figure de la “chauve-souris politique”, l’on voit se dessiner celle d’un funambule des alliances, avançant sur un fil où chaque mouvement reconfigure ses fidélités.
Le silence de KAZEMBE face aux charges répétées de KATUMBI sur la gouvernance nationale ajoute une couche d’ambivalence. Est-ce stratégie de prudence, volonté d’arbitrage, ou calcul de survie? La frontière entre sens politique et équivoque se fait ténue lorsque l’absence de réponse devient langage en soi. À défaut d’un cap assumé, la province évolue dans une zone grise où la rhétorique supplante la clarté des engagements. D’où la nécessité, pour les Haut Katangais, de réclamer des positions nettes, des alliances explicitées et des responsabilités assumées. Car si la fluidité peut être une force dans un environnement fragmenté, elle ne saurait indéfiniment se substituer à la transparence et à la redevabilité que requiert la vie publique.
